Les conclusions de l’Eurogroupe du 9 avril : une courte appréciation

A glance at the 9th of April Eurogroup meeting is also available in English below

Par Ollivier Bodin

Le 9 avril, l’Eurogroupe, c’est à dire le collectif des ministres des finances des 19 pays de la zone euro, a franchi une nouvelle étape dans la coordination des réponses économique et budgétaire à l’épidémie COVID-19. Ces conclusions de l’Eurogroupe sont écologiquement hors des clous, mais contiennent une innovation financière ouvrant des perspectives pour un financement solidaire de biens communs européens.

Répétons-le au préalable. La détérioration de la biodiversité favorise l’émergence de nouveaux virus pathogènes. L‘hyper-mobilité des hommes favorise la propagation des virus. Le changement climatique, conséquence directe de l’utilisation intensive par l’homme d’une énergie carbonée, favorise la détérioration de la biodiversité et des milieux naturel, et augmente la fréquence des catastrophes naturelles. Les chaînes de production fragmentées à l’extrême et fonctionnant à flux tendu ont affaibli la résistance de nos systèmes économiques et même sanitaires jusqu’à susciter une pénurie de matériel protecteur essentiel et de médicaments qui ne sont plus produits en Europe.  Les causes de la crise et l’impact sur les citoyens sont indissociables de notre modèle économique, elles ne lui sont pas exogènes.

Les décisions de l’Eurogroupe sont écologiquement hors clous en raison de l’absence complète de référence au Green Deal dans le communiqué des ministres des finances. Pour ceux -ci, l’urgence climatique et la protection de la biodiversité continuent contre toute logique à être un objet à traiter ailleurs qu’au cœur des politiques budgétaire et économique. L’annonce dans le communiqué d’un Semestre Européen « rationalisé » ne laisse rien présager de bon en la matière car la rationalisation va probablement se faire selon des critères de soutenabilité uniquement financiers. Or, les interactions entre les activités économiques et l’environnement ne peuvent plus être ignorées sous peine de rendre la vie sur terre insoutenable. La velléité affichée par la nouvelle commission européenne de mettre les objectifs de développement durables des Nations Unies au centre du Semestre Européen, et donc des politiques économiques dans l’Union Européenne, risque d’avoir été de courte durée.

Il y a cependant une innovation financière intéressante dans son principe, même si limitée dans son étendue. Pour la première fois, les États européens sont solidairement disposés à prêter à l’un des leurs sans conditions macroéconomiques, sous réserve que le prêt serve à couvrir des dépenses prioritaires. Ceci est vrai pour les prêts qui pourraient être accordés sous le mécanisme SURE dont les fonds aideront les pays à faire face à l’explosion des dépenses de chômage technique et à protéger les emplois dans le plein respect des systèmes de sécurité sociale nationaux. Ceci est aussi vrai, pour le recours au Mécanisme Européen de Stabilité avec pour seule contrainte que les fonds soient utilisés pour des dépenses directement ou indirectement liées aux soins ou à la prévention sanitaire. Cette technique ouvre un champ assez large de dépenses couvertes tout en donnant aux prêteurs l’assurance que les fonds seront utilisés dans un intérêt commun, actuellement la santé publique, la paupérisation de larges pans de la population européenne et l’effondrement du tissu économique européen qui traverse les frontières.

Dans sa proposition, Greentervention va un pas plus loin. Nous faisons valoir que les dépenses de la transition écologique et énergétique ainsi que de prévention et de préparation à la gestion des risques, sanitaires ou autres, sont d’un intérêt européen commun. Considérant, le coût immense de la non-action contre le réchauffement climatique et la dégradation de la biodiversité et pour réduire les risques de crises dans le futur, de telles dépenses devraient obtenir un statut « quoiqu’il en coûte » similaire à celui donné actuellement aux dépenses sanitaires et de protection des revenus. En conséquence, nous proposons que le Fonds de Redressement que les ministres ont annoncé devienne un Fonds de Redressement et de Transition. Ce Fonds serait alimenté par un emprunt émis au nom de l’Union Européenne ou uniquement par un groupe de pays volontaires. Il serait remboursé selon une clé (Revenu national, par exemple) ou mieux grâce à un impôt européen sur les sociétés ou sur les émissions de CO2. Dans l’état actuel et prévisible des activités économiques, on peut s’attendre comme il est souhaitable à ce que la banque centrale européenne achète ces titres et les conserve durablement dans son bilan. Le fond permettrait de sécuriser sur une longue période les dépenses publiques nécessaires pour la prévention des risques ainsi que dans les secteurs clés de la transition écologique que sont le transport, l’isolation des bâtiments, la transition énergétique et l’agriculture. Un tel Fonds associé à des politiques sectorielles structurantes serait un formidable réducteur d’incertitudes pour tous les acteurs, collectivités locales et régionales, décideurs politiques à tous les niveaux, entreprises et ménages, seule façon constructive et politiquement faisable de sortir de la tragédie dans laquelle nous sommes collectivement jetés. Et il faudra tirer toutes les leçons de l’expérience actuelle pour adapter nos politiques et institutions aux exigences d’une transition écologique juste.


A glance at the 9th of April Eurogroup meeting

On 9th April the Eurogroup, i.e. the finance ministers of the 19 Eurozone countries, opened a new chapter in the coordination of economic and budgetary responses to the COVID-19 epidemic. The conclusions are off base from an environmental perspective, but they include a financial innovation opening some perspective to finance solidary European common goods.

First, let us recall: the deterioration of biodiversity increases the risk of emergence of new pathogens. The hyper-mobility of humans increases the propagation of (new) viruses. Climate change, a direct consequence of the intensive use of carbon energy by humans, endangers biodiversity and the environment, and increases the frequency of natural disasters. Fragmented just-in-time supply chains have weakened the resilience of our economic and even health systems, leading to a shortage of protective equipment and medication that are no longer produced in Europe. The causes of this crisis and its severe impact on society are inseparable from our economic model, not exogenous to it. 

The decisions of the Eurogroup are off track from the ecological perspective. The conclusions make no reference to the Green Deal. Against any logic, Ministers of Finance continue to leave the climate emergency and the protection of biodiversity out of the scope of the economic and budgetary policy. The mention of a ‘streamlined’ European Semester is not promising either. This streamlining is likely to only take into account financial sustainability criteria.  Continuing to Ignore the interaction between economic activities and the environment risks rendering rapidly human life on earth unsustainable. The new European Commission’s attempt to put the United Nations sustainable development goals at the center of the European Semester, and therefore of the orientation given to economic policies in the European Union, may have been short-lived.

There is, however, some financial innovation welcome in its principle, even if limited in scope. For the first time, Member States are prepared to lend to one of their own without macroeconomic conditions, as long as it is to cover priority expenses. This will be the case for the loans that can be granted under the SURE mechanism, which will help countries cover exploding expenses to secure the incomes of unemployed and protect jobs, while respecting the national social security systems. This is also the case for the use of the European Stability Mechanism, with the sole constraint that the funds be used to cover expenditures directly or indirectly related to healthcare, cure or prevention. Both instruments taken together open a fairly broad scope  of exceptional expenditures being covered while reassuring the lenders that the funds will be used for common interests that run across borders, namely maintaining public health, fighting the impoverishment of large swathes of the European population, and mtigating the collapse of the European economy.

In our proposal, Greentervention goes one step further. We argue that expenditures for the green and energy transitions, as well as for disaster prevention and recovery, sanitary or otherwise, are all in the common European interest. Considering the huge cost of not acting against climate change and the deterioration of biodiversity and to reduce the risk of recurrent emergencies in the future, such expenditures should be granted a similar “whatever it takes” statute as presently given to health and income protecting expenditures.   As such we propose that the Recovery Fund announced by the ministers becomes a Recovery and Transition Fund. This Fund would be replenished by debt titles issued on behalf of the European Union or jointly by volunteering Member States. It will be reimbursed on the base of an agreed key (National Income) or, better, by European taxes, corporate and/or carbon. Considering the present and foreseeable state of activities, one can expect as desirable that the European Central Bank will buy these debt titles and hold them for a long time. The Fund would secure over a long period the public expenditures needed for risk prevention and in the key sectors of the green transition, such as infrastructure, construction, energy and agriculture. Such a Fund, combined with structural sectoral policies promoting the ecological transition, would serve tremendously to reduce uncertainty for local and regional communities and policy makers, as well as for businesses and households. We see this as the only truly constructive, politically feasible way out of this tragedy in which we have all been thrown. And we will have to draw all lessons to adapt our policies and institutions to the challenge of a just, ecological transition.

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