La Parole aux jeunes – Comptabilité carbone: la clé pour une évaluation adéquate des risques climatiques

Dans cette nouvelle rubrique, nous donnons la parole à de jeunes diplomé-es qui viennent de terminer leur maîtrise universitaire ou entament leur doctorat. Elles et ils ont eu carte blanche pour partager avec nous leur compréhension du monde tel qu’il va ou tel qu’elles ou ils aimeraient qu’il devienne. Ils s’appuient sur des travaux qu’ils ont eu l’occasion de réaliser pendant leurs études. Le choix des points de vue est laissé aux contributeurs.

Cette seconde contribution signée par Ophélia Miralles touche au sujet de la comptabilité carbone et du reporting. Elle apporte un angle complémentaire aux travaux sur ce sujet, notamment de l’EBA sur l’intégration des règles ESG pour les banques, et un préliminaire à une éventuelle inclusion du risque carbone dans les règles prudentielles.

Ophélia Miralles est une statisticienne à l’EPFL dont la recherche porte principalement sur la détection et mitigation des risques environnementaux ainsi que sur la contribution des activités humaines au réchauffement climatique mondial. Préparant son doctorat, elle est également responsable des partenariats pour Renctas, une ONG qui lutte contre le trafic d’animaux sauvages au Brésil.

Comptabilité carbone: la clé pour une évaluation adéquate des risques climatiques

Selon le scénario très optimiste au cours duquel des incitations fiscales et des réglementations seraient appliquées afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans un avenir proche, les entreprises pourraient ne pas être préparées à faire face à un risque de crédit potentiel des entités polluantes. Des recherches récentes [1] étudient d’éventuels modèles de prix des actifs carbone afin de mieux prendre en compte les risques de contrepartie et de crédit liés au réchauffement climatique dans le bilan comptable d’une banque. Cependant, la grande majorité des industries liées au carbone n’ont peu ou pas de liens avec les marchés financiers. 

Aujourd’hui, ces entreprises n’ont pas nécessairement de méthodologie en place pour comptabiliser les émissions de carbone. La pollution étant étroitement liée à la chaîne d’approvisionnement, il serait pourtant avantageux d’un point de vue financier pour les entreprises d’utiliser un cadre plus rigoureux pour pouvoir évaluer leur empreinte carbone d’une manière plus quantitative, large et conservatrice. 

Le plus gros problème lors de la comptabilisation des émissions de carbone est un problème de responsabilité: faut-il attribuer les émissions à l’extracteur de ressources génératrices de carbone, au producteur qui transforme ces ressources en produits utilisables, ou au consommateur? Il n’y a pas de réponse claire à cette question, bien que les politiques récentes (protocole de Kyoto, registres nationaux d’émissions…) tendent à allouer les émissions au producteur [2]. Cependant, toute politique basée sur un responsable unique aura des angles morts et entraînera des effets secondaires souvent indésirables. Par exemple, une allocation basée sur la production ignore le rôle prépondérant des industries d’extraction ainsi que le potentiel champ d’action du consommateur final. 

De plus, les politiques actuelles offrent une couverture incomplète: certains secteurs industriels et certaines régions du monde ne sont pas limités dans leurs émissions de GES et attirent donc des productions hautement polluantes; malheureusement, les émissions ne s’arrêtent pas à la frontière, et les règles devraient bien entendu s’appliquer à tous les pays et acteurs économiques de la même façon si nous voulons avoir une chance contre le réchauffement climatique. 

Le choix d’une norme comptable, de préférence par une entité indépendante et désintéressée, est donc essentiel au succès de toute politique globale. Cela peut se faire au prix de la mise en œuvre de contrôles et de procédures qui n’existent pas actuellement: une approche basée sur la consommation exigerait des contrôles aux frontières, alors qu’une approche basée sur l’extraction devrait distinguer les émissions de carbone de l’utilisation des ressources en tant qu’intrants (par exemple, l’utilisation de l’essence pour fabriquer du plastique). Pour améliorer l’approche basée sur la production, une norme comptable « bottom-up » permettrait aux décideurs politiques d’avoir une vision fiable de tous les flux de carbone. Une fois un tel cadre mis en place, il deviendrait plus aisé de cibler l’extraction, la production et la consommation comme souhaité afin de parvenir à une réelle réduction globale des émissions de GES. 

Un reporting automatique des émissions et un audit régulier des entreprises concernées pourront également être envisagés afin de réguler efficacement le “secteur du carbone”, terme volontairement vague désignant l’ensemble des firmes impliquées dans

l’extraction de ressources carbonées, la production à partir de matière carbonée ou la consommation de carbone, c’est-à-dire la quasi-totalité des entreprises mondiales. S’ajoutent naturellement à ce panel les entreprises qui participent au financement des activités carbonées, telles que les banques, dont la régulation devra s’adapter aux nouvelles métriques. 

Ophélia Miralles 

Références 

[1] Hong, Y., Suhong, M., Xing, Y., and Muyuan, Q. (2016). Impact of environmental factors on credit risk of commercial banks. Technical report, ICBC. 

[2] Steininger, K. W., Lininger, C., Meyer, L. H., Muñoz, P., and Schinko, T. (2016). Multiple carbon accounting to support just and effective climate policies. Nature Climate Change, 6(1):35–41.

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